Sous l’emprise

Je suis assise, là, moi et mon café. Je me sens lasse. Vidée. Epuisée. Je n’arrive plus à penser. Et pour arranger les choses, il pleut. Cette pluie reflète mon état de dépression. Mes pensées sont comme ces gouttes d’eau. Elles ruissèlent contre la fenêtre de mon esprit pour s’échapper dans les égouts de mon cœur. Je n’en peux plus. Je vais craquer.

Hier. Une semaine. Ou il y a un mois déjà. Je me disais “Ca fait sept mois !”. Sept mois que j’ai perdu mon travail. Le pire échec de ma vie. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée sans rien. Je perds la notion, la raison, la tête. J’ai envie de rien. Je n’ai plus d’espoir. J’ai lâché prise. Parfois, je peux rester des jours à dormir. Tout mouvement requiert un effort incroyable. Ici, dans ce bar parisien, je me sens fatiguée. Je pourrais m’allonger, là, parterre, et m’endormir dans la seconde qui suit.

Mais ce matin, quand j’ai jeté un œil sur le calendrier des toilette, je me suis dis « Ma vielle, c’est ton anniversaire, sors! ». Incroyable l’énergie que ça m’a nécessité. J’ai dû mettre deux heures pour enfiler ma veste et une paire de chaussures. Rien que de penser au monde extérieur, j’étais découragée. D’imaginer ce raffut des temps modernes, ces gens qui courent vers on ne sait quoi, et moi, tel un fantôme, qui marche à reculons dans ce rythme saccadé de leur vie trépidante. Je vie au ralentis. Je me sens en complet décalage avec cette société. J’ai coupé tout contact avec ma famille et mes amis. Je ne supportais plus leur regard de pitié. Je suis au bord du gouffre.

Je fixe mon café depuis 15 minutes. Ou depuis une heure peut être. Et soudain, je m’aperçois qu’une personne est assise à ma table. Juste devant moi. Un homme. Un peu surprise, je me sens plutôt gênée. Il me sourit. Je m’efforce de faire de même. Il doit me trouver pathétique. Son regard m’interpelle. Un regard transparent, très profond. Je ne perçois aucun jugement, aucun air de supériorité, aucune tentative de charme. Il me paraît honnête. Il rompt le silence en disant « Quel temps merdique, n’est ce pas ? » avec un certain ton ironique. Je lève les yeux tout en hochant la tête en guise d’acquiescement.

Il est assez grand. Il vient sûrement des pays du nord. Il est plutôt beau gosse. Après l’avoir scruté pendant quelques minutes, le temps qu’il avait les yeux rivés sur son café, il lève la tête et se plonge dans mes pupilles. Il me dit « Pas facile la vie, hein ? ». Etonnée, j’essaie de mon mieux de contrôler mon ébahissement. Que sous-entendait-il ? J’imagine que mon état de dépression est assez évident mais il a éveillé ma curiosité. Je lui rétorque « Que voulez-vous dire par “Pas facile” ? »

Il se réintroduit dans mes yeux. Je discerne une grande chaleur à travers cet échange. Il commence son récit en se présentant « Je m’appelle Maagal » et continue paisiblement. Je l’écoute attentivement. Il me parle comme si on se connaissait depuis toujours. Il a le pouvoir de me mettre à l’aise. Sa vie n’a pas été rose non plus, « étudient » … « interné à l’hôpital » … « erreur » … « internet ». Son histoire m’absorbe complètement. Je gobe tous les mots qui sortent de sa bouche. Il est tellement intéressant. Il poursuit avec un timbre de voix enchanteur, « espoir » … « le ver est dans le fruit » … « énergie ». Il explique comment de nos jours nous sommes manipulés. Il insiste sur le terme « contrôler »… « Nous sommes tous des pantins ». Il sait beaucoup de choses. Je suis complètement fascinée. Je me reflète dans ce qu’il dit. Cet homme me comprend. Nous sommes sur la même longueur d’onde. Il persiste en ajoutant à son discours, parfois philosophique, les différents aspects comme « la liberté » et « le bonheur ». Il développe en évoquant « un cercle ». Je suis captivée… « réaliser tes rêves » … « je te protégerais ». Mon cœur palpite. Des papillons batifolent dans mon ventre. Je suis émerveillée. Je ne peut y croire. Après un court silence, il s’approche de moi, les yeux dans les yeux, et me murmure « Veux-tu faire partis du cercle ? »

Océane

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